Alimentation émotionnelle : quel lien entre nos émotions et notre façon de manger ?

Alimentation émotionnelle : quel lien entre nos émotions et notre façon de manger ?

13/07/2026

Avez-vous remarqué que vos choix alimentaires peuvent être influencés par vos émotions ?

Vous est-il déjà arrivé de manger sous le coup d’une émotion ? Cette situation est fréquemment mise en scène dans les comédies romantiques où l’héroïne se réfugie avec un bol de crème glacée devant la télévision lorsqu'elle se sent triste.

Ou à l’inverse, vous est-il arrivé de ressentir des émotions en mangeant ?

  • Est-il possible de manger sans émotion ?
  • Existe-t-il une différence entre manger AVEC émotions et manger NOS émotions ?
  • Pour certaines personnes, le fait de manger entraîne plus de culpabilité que de plaisir, à quoi cela est-il dû ?

Ce qu'il faut retenir

✔️ Nos émotions peuvent influencer notre appétit et nos choix alimentaires.

✔️ Le stress, la tristesse ou l’anxiété peuvent couper l’appétit chez certaines personnes et l’augmenter chez d’autres.

✔️ La nourriture peut parfois devenir un moyen de soulagement temporaire : on parle alors d’alimentation émotionnelle.

✔️ Les restrictions alimentaires peuvent renforcer les envies et favoriser les pertes de contrôle.

✔️ Toutes les émotions sont légitimes, mais les comportements qui les suivent peuvent être appropriés ou inappropriés.

Émotions et alimentation : un lien intime

Manger est un besoin physiologique essentiel(1). Nous ne pouvons pas nous en passer.

L’alimentation joue un rôle central dans nos vies sociales. Elle participe à la construction de notre identité en définissant :

  • nos goûts,
  • nos préférences,
  • nos habitudes alimentaires(2).

Notre façon de manger est influencée par nos expériences personnelles telles que notre éducation, nos habitudes ou encore notre culture par exemple(2).

Au quotidien, de nombreux facteurs influencent notre alimentation :

  • le contexte du repas (sorties entre amis, fêtes de famille, dîners romantiques…),
  • nos besoins physiologiques (soif, faim, satiété, rassasiement…),
  • ou leurs modifications (par exemple liées au manque de sommeil ou à des modifications hormonales),
  • et bien entendu, nos émotions !(2, 3)

Celles-ci occupent une place importante dans la façon dont nous nous alimentons(4).

Si nos émotions influencent notre façon de manger, l’inverse est également possible : découvrez les liens entre alimentation et humeur

Qu’appelle-t-on “émotion” ?

Les émotions sont des réactions naturelles(5) : elles sont spontanées, automatiques, apparaissent et disparaissent en quelques secondes ou minutes.

Les émotions fondamentales, observées chez tous les êtres humains, sont :

  • la joie,
  • la peur,
  • la tristesse,
  • la colère,
  • le dégoût,
  • et la surprise(5).

Plusieurs émotions peuvent survenir en même temps et entraîner différents types de réactions simultanées, ce qui les rend complexes.

Pourquoi ressent-on des émotions ?

Les émotions sont le produit d'une interaction entre notre environnement et notre “monde intérieur”. Elles font intervenir :

  • des processus neurologiques,
  • des éléments biologiques comme les sensations physiques,
  • ainsi que des facteurs psychologiques comme nos perceptions et ressentis(5).

Elles ne peuvent pas être modifiées intentionnellement. Il faut donc apprendre à composer avec elles.

Mais à quoi servent-elles ?

Les émotions nous motivent et déterminent nos actions. Elles nous permettent de réagir instinctivement et rapidement aux situations vécues, et servent à communiquer et nous renseignent sur nos besoins(5).

Elles sont essentielles au contrôle du comportement de base chez les animaux et les hommes : par exemple, sans la peur, nous ne pourrions fuir face à un danger(4).

Toutes les émotions sont légitimes(5) : il n’existe pas de « mauvaises » ou de « bonnes » émotions même si elles peuvent être désagréables et inconfortables. En revanche, le comportement qui suit l’émotion peut lui, être néfaste : il existe ainsi des comportements appropriés ou inappropriés face à une émotion donnée.

Comment les émotions influencent-elles notre alimentation ?

Ce que nous ressentons impacte la façon dont nous mangeons.

En effet, des émotions comme la colère, la peur, la tristesse et la joie ou certains états émotionnels de longue durée et plus diffus peuvent influencer les réponses alimentaires(1, 4).

Cela peut impacter :

  • notre motivation à manger,
  • nos réactions émotionnelles face aux aliments,
  • le choix de nos aliments,
  • notre mastication,
  • notre vitesse d'ingestion,
  • ainsi que leur digestion et notre métabolisme au final(4).

Nos émotions impactent les aliments que nous choisissons

Pour commencer, ce que nous choisissons de manger est influencé par notre humeur(4, 6).

Des recherches ont démontré qu'il est plus facile de maintenir une alimentation équilibrée lorsqu'on éprouve un sentiment de bien-être, tandis que cela devient plus difficile lorsque nous sommes dans un état émotionnel négatif(3).

Qui n’a jamais remarqué que manger une assiette équilibrée était plus simple lorsque nous sommes de bonne humeur, alors que nous avons plutôt tendance à préférer un plat réconfortant après une mauvaise nouvelle(7) ?

Si les mécanismes de ce phénomène ne sont pas tout à fait élucidés, cela pourrait être lié en partie au système de la récompense, et la fameuse « dopamine »(8).

Aussi appelée molécule du plaisir, la dopamine est un neurotransmetteur, c’est-à-dire une molécule qui assure le passage de l’information entre les cellules nerveuses(9).

Elle est impliquée dans la survenue de cet état agréable procuré par la satisfaction d’un besoin, d’un désir, ou l’accomplissement d’une activité gratifiante (circuit de la récompense).

La dopamine régit de nombreux aspects comportementaux, notamment :

  • la récompense,
  • l'éveil,
  • la cognition,
  • ou encore l'activité locomotrice(8).

Avec d'autres neurotransmetteurs comme la sérotonine et la GABA (acide γ-aminobutyrique), elle joue un rôle important dans la régulation de l'alimentation et de la satiété, influençant la fréquence et le volume des prises alimentaires.

Chez une personne obèse, ces circuits peuvent être altérés, où il peut y avoir une perturbation de la signalisation de la dopamine. Cela peut se manifester par exemple par un besoin de se “récompenser” par l’alimentation(8).

Nos émotions peuvent nous pousser à nous tourner de façon incontrôlée vers la nourriture

Vous est-il déjà arrivé, sous le coup d’une émotion, de vous tourner vers vos placards sans pouvoir contrôler votre comportement ?

Eh oui, nos émotions ont le pouvoir de déclencher une prise alimentaire parfois incontrôlée. Les émotions prennent alors le pas sur la raison(1).

Ces comportements de perte de contrôle sont renforcés lorsqu’une tendance à la restriction alimentaire volontaire s’installe (aussi appelée “restriction cognitive”) :

Plus nous allons essayer de lutter contre une envie, contre un aliment, plus le circuit de la récompense sera activé, et plus le risque de craquer sera important(8).

D’où l’importance de privilégier une alimentation équilibrée et sans interdit.

De plus, le fait de se restreindre puis de « craquer » peut favoriser l’installation de troubles du comportement alimentaire (TCA) responsables de fluctuations de poids (parfois considérables), avec des impacts majeurs possibles sur la santé et notre bien-être général.

Nos hormones peuvent aussi jouer un rôle dans ce phénomène. Certaines d’entre elles, comme les œstrogènes, ont un impact sur nos émotions et peuvent même augmenter le risque de dépression(11).

D’ailleurs, les périodes de bouleversement hormonal comme l’adolescence ou encore la ménopause chez la femme, sont des phases où les individus sont plus susceptibles de développer des troubles de l’alimentation(11).

Ces données nous donnent des premières clefs de compréhension sur nos choix alimentaires et leurs fluctuations pendant ces différentes étapes de vie.

Rappel : Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont des maladies qui requièrent une prise en charge spécialisée. Si vous en souffrez ou pensez en souffrir, il est essentiel de vous faire accompagner par des professionnels compétents tels que des médecins, des psychologues et des diététiciens spécialisés.

Nos émotions impactent notre appétit

Certaines émotions comme la colère, la peur, la tristesse, la joie ou certaines humeurs spécifiques telles que le stress ou l’anxiété peuvent influencer notre appétit(1).

Le stress ou une humeur négative peuvent :

  • couper l’appétit de certaines personnes,
  • ou au contraire l’augmenter chez d’autres(11).

Dans ce second cas de figure, la nourriture peut devenir un moyen de soulagement temporaire. On parle d’« alimentation émotionnelle ».

Celle-ci est souvent caractérisée par la consommation d'aliments riches en calories mais faibles en nutriments.

Elle peut entraîner un cercle vicieux :

  • les émotions négatives déclenchent une suralimentation,
  • qui peut à son tour aggraver les émotions négatives.

Ces comportements d’alimentation émotionnelle peuvent avoir des répercussions sur la santé physique des personnes, mais également sur leur santé mentale.

Ils peuvent contribuer à l'apparition de troubles de l'alimentation tels que la boulimie, à des problèmes de poids et de santé associés.

De plus, l'impact psychologique de ces comportements, y compris une faible estime de soi et une insatisfaction corporelle, peut aggraver encore la situation, créant un cycle difficile à briser(12).

La mise en place d’une alimentation émotionnelle peut résulter :

  • d'une tendance à agir de manière impulsive,
  • et d'une sensibilité élevée à la récompense.

Ces caractéristiques sont souvent liées à une dysrégulation des circuits de la dopamine, qui sont impliqués dans la sensibilité à la motivation et aux incitations.

Ainsi, les personnes ayant une sensibilité accrue à la récompense peuvent être davantage enclines à rechercher le soulagement émotionnel à travers la nourriture, surtout lorsque des émotions négatives sont présentes.


Bibliographie : 

(1) Collège des Enseignants de Nutrition. Régulation physiologique du comportement alimentaire. 2010-2011.

(2) Smith KC, et al. "I come from a black-eyed pea background": the incorporation of history into women's discussions of diet and health. Ecol Food Nutr. 2012;51(1):79-96. doi: 10.1080/03670244.2012.635574. PMID: 22292713.

(3) Lee MF, et al. "It's about What You've Assigned to the Salad": Focus Group Discussions on the Relationship between Food and Mood. Int J Environ Res Public Health. 2023;20(2):1476.

(4) Macht M. How emotions affect eating: a five-way model. Appetite. 2008;50(1):1-11.

(5) Portail santé Montérégie. Qu’est-ce qu’une émotion. Guide de pratique : éducation psychologique et autosoins. Fiche F1 – Gestion des émotions.

(6) AlAmmar WA, et al. Food and Mood: the Corresponsive Effect. Curr Nutr Rep. 2020;9(3):296-308.

(7) Gibson EL. The psychobiology of comfort eating: implications for neuropharmacological interventions. Behav Pharmacol. 2012 Sep;23(5-6):442-60. doi: 10.1097/FBP.0b013e328357bd4e. PMID: 22854304.

(8) Vucetic Z, Reyes TM. Central dopaminergic circuitry controlling food intake and reward: implications for the regulation of obesity. Wiley Interdiscip Rev Syst Biol Med. 2010 Sep-Oct;2(5):577-593. doi: 10.1002/wsbm.77. PMID: 20836049.

(9) INSERM. Pour le plaisir : C’est quoi la dopamine ? IN : https://www.inserm.fr/c-est-quoi/pour-le-plaisir-cest-quoi-la-dopamine/ (consulté le 15/03/2024)

(11) Dakanalis A, et al. The Association of Emotional Eating with Overweight/Obesity, Depression, Anxiety/Stress, and Dietary Patterns: A Review of the Current Clinical Evidence. Nutrients. 2023;15(5):1173.

(12) Gibbons, C, et al. Issues in Measuring and Interpreting Human Appetite (Satiety/Satiation) and Its Contribution to Obesity. Curr Obes Rep. 2019;8(2):77-87.

Découvrez d'autres articles

Jeune femme qui sort du sport avec son shaker de proteine

Vous entendez toujours parler des protéines dans le cadre de régime ou de séance de sport mais vous ne comprennez pas la raison et leur utilité ? Venez découvrir tout ce qu'il faut savoir ! 

Lire l'article
Shaker de proteine avec alteres et serviette

Envie d'en savoir plus sur l'utilité des protéines ? Cet article vous expliquera tout ce qu'il faut savoir sur son rôle dans la récupération musculaire. 

Lire l'article
Variété de protéine dans des bols

Les protéines font l’objet de nombreuses idées reçues : métabolisme, prise de muscle, santé des reins, protéines animales ou végétales… On démêle le vrai du faux pour mieux comprendre leur rôle dans une alimentation équilibrée.

Lire l'article
Femme qui dose sa prise de proteine

Vous voulez prendre des proteines mais vous ne savez pas en quelle quantité ? Dans cet article, vous trouverez toutes les informations pour apprendre à calculer les besoins d'une femme en protéines par jour 

Lire l'article
Deux femmes souriantes qui boivent une boisson protéinée après une séance de sport

Consommer des protéines après le sport permet de mieux récupérer. Quelle quantité prendre ? Sous quelle forme ? On vous dit tout. 

Lire l'article
femme souriante portant des haltères
Protéines et sport : quand les consommer, en quelle quantité et pour quels besoins ? Découvrez comment adapter vos apports pour soutenir la récupération et accompagner vos objectifs musculaires.
Lire l'article
femme running en extérieur
Après le sport, un goûter protéiné peut aider à soutenir la récupération musculaire. Collations maison ou barres protéinées : découvrez des idées simples pour accompagner vos efforts, même les journées chargées.
Lire l'article

Paiement sécurisé

Logo paiement sécurisé Visa, MasterCard, American Express, Paypal
Gerlinéa
Assistant Gerlinéa
En ligne